On s’est endormis à Adelaide la maudite

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Dans quelques jours nous quitterons Adelaide, après plus de 5 semaines sur place. Un soulagement après une longue étape un peu compliquée.

Adelaide ne devait être qu’une étape de quelques jours. Une brève halte avant de se lancer dans la recherche d’un job. Après l’achat de Barni, nous avions 14 jours pour nous rendre en South Australia afin de transférer le titre de propriété de la voiture. Nous aurions pu nous arrêter aux frontières de l’État, mais une fois arrivés à Naracoorte et les formalités remplies, nous nous sommes dit qu’il pourrait être sympa de nous arrêter dans la capitale de l’Australie-Méridionale.

Nous sommes donc arrivés sous la grisaille, sans réellement savoir où nous mettions les pieds. Et notre première impression de la ville fut plutôt négative. Impossible pour nous de ne pas comparer celle-ci avec Melbourne, seule autre grande ville australienne que nous ayons vu jusque-là. C’était déjà perdu d’avance. Au niveau architectural, tout semblait moins cohérent que ce que nous avions pu voir à Melbourne. Quant aux gens, ils semblaient avoir perdu le charme que nous leur prêtions volontiers jusqu’ici. Heureusement, nous avons très vite rencontré deux charmantes Marseillaises et leurs copains. Les quelques jours passés avec eux nous ont permis d’oublier les caprices de la météo et de passer de très bons moments. Avec un brin de nostalgie, nous avons dû les regarder reprendre la route après moins d’une semaine. Ce qui a coïncidé avec le retour du beau temps. Quelques jours à profiter de plage plus tard, nous avons commencé à nous inquiéter: notre TFN (Tax File Number, un numéro permettant de travailler légalement tout en n’étant pas taxé à la plus haute tranche d’imposition) n’arrivait toujours pas.

Un peu lassés par ces quelques jours oisifs, et bien décidés à nous mettre au travail, nous avons mis le cap sur Adelaide Hills avec l’objectif de trouver un job. Malheureusement, le radiateur de la voiture a décidé de nous abandonner en pleine route. Il faut dire que l’ascension vers Adelaide Hills est particulièrement éprouvante pour les mécaniques. Retour à la case départ et nouvelle période d’attente: le garage n’avait pas de radiateur en stock. Mais, le très courtois garagiste nous avait promis de s’en faire livrer un pour le lendemain matin. Après être retournés de bon matin au garage, nous avons dû attendre la moitié de l’après-midi pour apprendre que le modèle qu’ils tentaient d’installer n’était pas le bon. Le troisième jour était enfin le bon: le radiateur installé, et nos dollars envolés, nous avons enfin pu reprendre la route pour Adelaide Hills. Une fois sur place, nous n’avons pu que constater que nous étions tombés au mauvais endroit au mauvais moment: la saison des vendanges venait de se terminer, et la prochaine saison de fruit picking n’allait pas débuter avant plusieurs semaines. Pas découragés pour autant, nous avons décidé d’aller tenter notre chance à quelques kilomètres de là, dans la Mc Laren Vale, région réputée pour ses vins de qualité. Pas plus de succès ici.

Après un retour à Adelaide la maudite, et toujours sans nouvelle de notre TFN, nous avons décidé d’aller chercher du travail à quelques 200km de là. Direction Waikerie, Berri, Loxton et Renmark. On nous avait juré que le travail allait commencer sous peu dans la région. Mais là encore, ce fut un échec: la saison allait recommencer d’ici deux-trois semaines. Pas découragés, nous avons continué nos recherches. Nous sommes tombés sur Simon, un bel escroc. Au téléphone, le ton est donné: il a du travail pour nous, mais il ne sait pas encore très bien comment se goupilleront les choses. Nous sommes donc allés voir sur place. Après de belles paroles, il nous propose de finir quatre constructions sensées protéger ses tomates des intempéries. Il y en aura pour 2-3 jours de travail, avec à la clé la promesse de recevoir $450 à nous partager. Nous avons enfin décroché notre premier travail! Mais, dès le lendemain, les choses se corsent. Nous avons passé la journée entière à chercher après les outils nécessaires, disséminés à même le sol dans ses champs. Au final, rien ne fonctionne correctement: nous devons serrer des boulons à 3m de hauteur avec une clé anglaise de 3kg, il nous demande de forer à travers des planches d’acier avec une mèche à bois… Dès le lendemain, et après avoir réussi à faire vaguement tenir trois des 12 tubes sensés former la structure d’un seul des quatre toits, nous réalisons qu’il nous faudra entre deux et trois semaines pour terminer la construction. À $225 par personne pour deux semaines, cela nous semble plus que sous payé. Nous décidons donc de quitter et de nous mettre à la recherche d’un job sérieux. C’est reparti pour le tour des villages: Berri, Loxton, Renmark, Waikerie. Partout, nous faisons le tour des fermes, au porte-à-porte. Partout, le discours est le même: la saison recommencera dans 2-3 semaines. Le problème, c’est que ce discours nous semble étrangement familier. Après avoir épuisé notre quota de fermes, et avoir passé plus d’une semaine à nous occuper grâce à quelques petits jobs dénichés sur le tard, mais n’offrant aucune possibilité de court ou moyen terme, nous décidons que ce n’est plus possible… Nous avons passé trop de temps à camper dans des endroits isolés, et nous avons tous les deux besoins de rencontrer à nouveau des gens.

Nous voilà donc à nouveau de retour à Adelaide.

Après le départ de nos amis français, nous avions passé quelques jours seuls aux environs des plages les plus connues de la ville: Glenelg et West Beach. Lassés d’avoir passé plusieurs soirées à attendre que les heures passent, nous décidons d’aller voir du côté de Semaphore Beach. Un lieu recommandé par certains voyageurs sur le groupe Sleepin Map, qui recense des lieux où les membres de la communauté ont dormi et qui ne sont pas à proprement parler autorisés. Et dans les jours qui suivent, nous faisons la rencontre de toute une série de gens. Tous les backpackers de Semaphore Beach se rassemblent sur un point, des tracas petits ou grands. Un groupe de Français ne pouvant déplacer leur véhicule, car l’ami qui possédait les papiers et gardait leur argent a été rapatrié en France à cause d’un problème de visa, le couple heureux qui cherche à tout prix à revendre son van pour pouvoir chacun partir de leur côté et les Allemands qui comptent les kilomètres avant de voir le moteur de leur van partir en fumée… Et il y a nous, en quête désespérée d’un travail, allégés d’une somme conséquente à la suite des caprices de Barni et ne sachant pas trop par où aller: au nord, à travers 3000 km de désert, à l’est et ses 2500km, à l’ouest vers l’inconnue. Mais avant tout, il nous faut travailler un peu: nous décrochons un entretien d’embauche pour Aussie Farmers pour un job qui s’annonce prometteur: des revenus estimés entre 800 et $2000 la semaine. Cela nous semble trop beau pour être vrai, mais nous décidons de tenter… L’entretien se déroule très bien, et nous sommes choisis. Nous commençons le lendemain, pour une journée de formation. Très vite, le discours change: nous gagnerons un fixe de $300 pour les deux premières semaines, afin de nous aider à nous lancer. Et si nos ventes dépassent cette somme, nous serons payés plus. Dès les premiers jours, nous réalisons qu’entre le discours du début, et ce que nous voyons tous les jours, la réalité a repris ses droits. Nous assistons au débriefing matinal, où les meilleurs vendeurs se font applaudir: 3 ventes. Ce qui représente au maximum 130 dollars/jour. Bien loin des sommes évoquées. Dès le début de la semaine suivante, ça empire encore. Sur les 24 membres de l’équipe, 12 se font virer. Dont une femme d’une trentaine d’années qui effectuait son dernier jour pour Aussie Farmers. Pas très classe, mais le monde cruel de la vente à la commission a fait son oeuvre. Nous apprenons aussi que nos deux semaines à $300 ne seront pas exactement des semaines à $300. En fait, chaque journée nous rapporte $60 avant taxe. Et notre première semaine est passée: nous allons donc toucher 2 journées à $60 pour la première semaine, et $300 pour la deuxième. Au final, une fois les taxes retirées, cela reviendra dans les $200 pour deux semaines. Très loin des chiffres évoqués. Le coup est dur, et notre envie de poursuivre l’aventure devient de plus en plus faible. Jusqu’au jour de la paie… C’est la douche froide. Les montants qui devaient nous être versés ne sont pas corrects, et il nous est impossible d’avoir une justification à ces erreurs. De plus, cela fait plusieurs jours que l’on nous parachute dans des zones qui ont déjà été visitées ces dernières semaines (de deux jours à 2 semaines avant notre visite). Difficile donc de faire des ventes… Après en avoir discuté avec le patron, nous décidons de partir.

Nous voilà donc maintenant de libre de toute contrainte. Il est temps pour nous d’enfin quitter Adelaide. Nous hésitions entre le nord et l’est. Ce sera finalement l’ouest. Tout le monde nous recommande la région, les jobs y sont soi-disant plus nombreux, et nous avons trouvé des compagnons de route ma foi fort sympathique. Le départ est prévu ce lundi.

On ne manquera pas de vous tenir informés de ce périple qui s’annonce très excitant.

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